UNIR POUR DEVELOPPER

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IL VIT LE NÉANT : C'ÉTAIT DIEU

« IL VIT LE NÉANT :
C'ÉTAIT DIEU »
 
Eckhart, Sermon 71
Cette parole que j'ai prononcée en latin est écrite par saint Luc in actibus au sujet de saint Paul et signifie : « Paul se releva de terre et, les yeux ouverts, il vit le néant. »

Il me semble que ce petit mot a quatre significations. L'une d'elles est : quand il se releva de terre, les yeux ouverts, il vit le néant et ce néant était Dieu, car lorsqu'il vit Dieu, il le nomme un Néant. La deuxième signification : lorsqu'il se releva, il ne vit rien que Dieu. La troisième : en toutes choses il ne vit rien que Dieu. La quatrième : quand il vit Dieu, il vit toutes choses comme un néant.

Auparavant il a rapporté qu'une lumière vint tout à coup du ciel et le jeta à terre. Or notez-le : il dit qu'une lumière vint du ciel. Nos meilleurs maîtres disent que le ciel a en lui-même de la lumière et cependant il ne brille pas. Le soleil aussi a de la lumière en lui-même et il brille. Les étoiles aussi ont de la lumière bien qu'elle leur soit transmise. Nos maîtres disent : le feu, dans sa pureté simple et naturelle, en son lieu le plus élevé, ne brille pas. Sa nature est si pure qu'aucun oeil ne peut le voir d'aucune manière. Il est si subtil et si étranger à l'oeil que s'il était ici-bas près de la vue ne pourrait pas prendre contact avec lui. Mais par un objet étranger on le voit bien quand il enflamme un morceau de bois ou de charbon.

Par lumière du ciel, nous entendons la lumière qu'est Dieu, que les sens d'aucun humain ne peut atteindre. C'est d'elle que parle saint Paul : « Dieu réside dans une lumière à laquelle personne ne peut parvenir. » Il dit : « Dieu est une lumière à laquelle il n'y a pas d'accès. » Vers Dieu il n'est pas d'accès. Celui qui s'élève encore et croît en grâce et en lumière n'est encore jamais parvenu en Dieu. Dieu n'est pas une lumière qui croît; il faut en croissant être parvenu à lui. Dans la croissance on ne voit rien de Dieu. Pour que Dieu soit vu, il faut que ce soit dans une lumière qui est Dieu lui-même. Un maître dit : en Dieu il n'est ni moins ni plus, ni ceci ni cela. Tout le temps que nous sommes engagés dans l'approche, nous n'y parvenons pas.

Or il [l'auteur des Actes] s'exprime ainsi : « Une lumière du ciel l'enveloppa. » Il veut dire : tout ce qui appartenait à son âme fut saisi. Un maître dit que, dans cette lumière, toutes les puissances de l'âme bondissent, les sens extérieurs s'élèvent, par lesquels nous voyons et entendons, de même les sens intérieurs que nous nommons pensées : à quel point elles sont vastes et insondables, c'est merveille. Je peux aussi bien me représenter ce qui est au-delà de la mer que ce qui est ici près de moi. Au-delà des pensées se situe l'intellect lorsqu'il est encore en recherche. Il va de tous côtés et cherche; il épie ici et là, il acquiert et perd. Au-dessus de l'intellect en recherche est un autre intellect qui ne cherche pas, qui demeure dans son être pur et simple, saisi dans cette lumière. Et je dis que, dans cette lumière, toutes les puissances de l'âme s'élèvent. Les sens bondissent dans les pensées : à quelle hauteur et dans quel abîme sont celles-ci, nul ne le sait que Dieu et l'âme.

Nos maîtres disent — c'est une question difficile — que les anges ignorent les pensées, à moins qu'elles ne fassent irruption et ne bondissent dans l'intellect qui cherche et que l'intellect qui cherche ne bondisse dans l'intellect qui ne cherche pas, qui est une pure lumière en lui-même. Cette lumière embrasse en elle toutes les puissances de l'âme. C'est pourquoi il dit : « La lumière du ciel l'enveloppa. »

Un maître dit : toutes les choses qui s'épanchent ne reçoivent rien des choses inférieures. Dieu flue dans toutes les créatures et n'est cependant touché par aucune d'elles. Il n'a pas besoin d'elles. Dieu donne à la nature d'agir et sa première oeuvre est le coeur. Quelques maîtres en conclurent que l'âme est totalement dans le coeur et se répand dans les autres membres avec la vie. Il n'en est pas ainsi. L'âme est totalement dans chaque membre. Il est bien vrai que sa première oeuvre est dans le coeur. Le coeur est au centre, il veut être protégé tout alentour, de même que le ciel ne subit nulle influence étrangère et ne reçoit rien de quoi que ce soit. Il contient toutes choses en lui; il touche toutes choses et n'est touché par rien. Même le feu, si haut qu'il soit en son lieu le plus élevé, n'a cependant pas de contact avec le ciel.

Dans cette lumière qui l'enveloppait, il [Paul] fut projeté à terre, ses yeux furent ouverts et, les yeux ouverts, il vit toutes choses comme néant. Et voyant toutes choses comme un néant, il vit Dieu. Or notez-le ! L'âme prononce un petit mot au Livre de l'Amour : « J'ai cherché dans ma couche durant toute la nuit celui qu'aime mon âme et je ne l'ai pas trouvé. » Elle l'a cherché dans sa couche; elle veut dire : celui qui est attaché ou suspendu à quelque chose au-dessous de Dieu est à l'étroit dans sa couche. Tout ce que Dieu peut créer est trop étroit. Elle dit : « Je l'ai cherché durant toute la nuit. » Il n'est pas de nuit qui n'ait une lumière, mais elle est cachée. Le soleil brille dans la nuit, mais il est caché. Il brille de jour et cache toutes les autres lumières. Ainsi fait la lumière divine : elle cache toutes lumières. Quoi que nous cherchions dans les créatures, tout est nuit. Voilà ce que je pense : tout ce que nous cherchons en quelque créature est ombre et nuit. Même la lumière de l'ange le plus élevé, si sublime qu'elle soit, ne touche rien de l'âme. Tout ce qui n'est pas la lumière première est obscurité et nuit. C'est pourquoi elle [l'âme] ne trouve pas Dieu. « Alors je me levai et cherchai alentour et parcourus les espaces vastes et étroits. Les gardiens me trouvèrent — c'étaient les anges — et je leur demandai s'ils n'avaient pas vu celui qu'aime mon âme », et ils se turent; peut-être ne pouvaient-ils pas le nommer. « Lorsque j'avançai un peu je trouvai » celui que je cherchais. Le peu, le minime qui l'égarait, en sorte qu'elle ne le trouvait pas, j'en ai déjà parlé : celui pour qui ne sont pas petites et comme un néant toutes les choses fugitives ne trouve pas Dieu. Elle dit donc : « Lorsque j'avançai un peu, je trouvai » celui que je cherchais. Lorsque Dieu se forme et s'épanche dans l'âme, si tu le saisis alors comme une lumière ou un être ou une bonté, tout le temps que tu connais encore quelque chose de lui, ce n'est pas Dieu. Voyez, il faut dépasser le « peu », écarter tout surcroît et connaître Dieu comme Un. Elle dit donc : « Lorsque j'avançai un peu, je trouvai celui qu'aime mon âme. »

Nous disons très souvent : « celui qu'aime mon âme ». Pourquoi dit-elle « qu'aime mon âme » ? Il est cependant très élevé au-dessus de l'âme et elle n'a pas nommé celui qu'elle aimait. Elle ne le nomma pas pour quatre raisons. D'abord parce que Dieu est sans nom. Si elle lui avait donné un nom, elle aurait contraint à une détermination. Dieu est au-dessus de tout nom, personne ne peut parvenir à désigner Dieu. Voici la deuxième raison pour laquelle elle ne lui donna pas de nom : quand l'âme se fond totalement d'amour en Dieu, elle ne sait rien d'autre que l'amour. Elle s'imagine que tous le connaissent comme elle. Elle s'étonne que quelqu'un connaisse autre chose que Dieu seul. La troisième raison : elle n'avait pas assez de temps pour le nommer. Elle ne peut pas si longtemps se détourner de l'amour, elle ne peut pas prononcer d'autre mot qu' « amour ». La quatrième raison : peut-être supposait-elle qu'il n'avait pas d'autre nom qu' « amour » : en disant « amour », elle prononce tous les noms. C'est pourquoi elle dit : « Je me levai et parcourus les espaces vastes et étroits. Lorsque j'avançai un peu, je trouvai » celui que je cherchais.

« Paul se releva de terre et, les yeux ouverts, il vit le néant. » Je ne peux pas voir ce qui est Un. Il vit le Néant, c'était Dieu. Dieu est un Néant et Dieu est un Quelque chose. Ce qui est Quelque chose est aussi Néant. Ce que Dieu est, il l'est absolument. Quand il écrit sur Dieu, le lumineux Denys dit : il est au-dessus de l'être, il est au-dessus de la vie, il est au-dessus de la lumière; il ne lui attribue ni ceci ni cela et il veut dire qu'il est on ne sait quoi, très loin au-dessus. Si quelqu'un voit quelque chose ou si quelque chose s'introduit dans ta connaissance, ce n'est pas Dieu pour la raison qu'il n'est ni ceci ni cela. Si quelqu'un dit que Dieu est ici ou là, ne le croyez pas. La lumière qu'est Dieu brille dans les ténèbres. Dieu est une vraie lumière; celui qui doit la voir doit être aveugle et écarter Dieu de quoi que ce soit. Un maître dit : celui qui parle de Dieu par quelque comparaison parle improprement de lui, mais celui qui s'exprime sur Dieu au moyen du néant parle convenablement de lui. Quand l'âme parvient dans l'Un et y pénètre en un total rejet d'elle-même, elle trouve Dieu comme dans un néant. Il sembla en rêve à un homme — c'était un rêve éveillé — qu'il était gros de néant comme une femme est grosse d'un enfant, et dans ce néant, Dieu naquit : il était le fruit du néant, Dieu était né dans le néant. C'est pourquoi il dit : « Il (Paul) se releva de terre et, les yeux ouverts, il vit le néant. » Il vit Dieu en qui toutes les créatures sont néant. Il vit toutes les créatures comme un néant car il (Dieu) a en lui l'être de toutes les créatures. Il est un être qui en a lui la totalité de l'être.

Il pense encore autre chose quand il dit : « il vit le néant ». Nos maîtres disent : quand quelqu'un connaît quoi que ce soit des objets extérieurs, quelque chose s'insinue en lui, tout au moins une impression. Lorsque je veux capter l'image d'une chose, par exemple d'une pierre, j'attire en moi ce qu'elle a de plus grossier, je la détache de son extérieur, mais lorsque c'est dans le fond de mon âme, c'est parvenu au plus élevé et au plus noble : ce n'est rien qu'une image. Par tout ce que mon âme connaît d'extérieur, quelque chose d'étranger pénètre en elle; par ce que je connais en Dieu des créatures, rien n'accède en elle que Dieu seul, car en Dieu il n'est rien que Dieu. Si je connais en Dieu toutes les créatures, je les connais comme néant. Il vit Dieu en qui toutes les créatures sont néant.

En troisième lieu, pourquoi il vit le néant : le Néant, c'était Dieu. Un maître dit : toutes les créatures sont en Dieu comme un néant, car il a en lui l'être de toutes les créatures. Il est un être qui contient en lui tout l'être. Un [autre] maître dit : il n'est rien au-dessous de Dieu, si proche de lui que cela soit, en quoi ne pénètre quelque chose [d'étranger]. Un [autre] maître dit que l'ange se connaît lui-même et connaît Dieu sans médiation. S'il connaît un autre objet, quelque chose d'étranger accède en lui, c'est encore une impression, si faible que ce soit. Si nous devons connaître Dieu, il faut que ce soit sans médiation : rien d'étranger ne peut y accéder. Si la connaissance de Dieu a lieu dans cette lumière, elle doit être assurée et enfermée en elle-même sans intervention d'aucune chose créée. Alors nous connaissons la vie éternelle sans aucune médiation.

Quand il vit le néant, il vit Dieu. La lumière qu'est Dieu s'épanche et rend obscure toute lumière. Dans la lumière où Paul eut sa vision — dans cette lumière il vit Dieu et rien d'autre. Job dit à ce propos : « II ordonne au soleil de ne pas briller et il a enfermé les étoiles sous lui comme sous un sceau. » Enveloppé de cette lumière, il (Paul) ne vit rien d'autre car tout ce qui appartenait à son âme s'occupait et se souciait de la lumière qu'est Dieu, en sorte qu'il ne pouvait rien percevoir d'autre. Et c'est pour nous un bon enseignement : si nous nous occupons de Dieu, nous nous occupons peu de choses extérieures.

Quatrième raison pour laquelle il vit le néant : la lumière qu'est Dieu est sans mélange. Aucun mélange n'y accède. C'était un signe qu'il voyait la vraie lumière qui est Néant. Par « lumière » il ne veut rien dire d'autre sinon que, les yeux ouverts, il voyait le néant. Ne voyant rien, il voyait le Néant divin. Saint Augustin dit : quand il vit le néant, il vit Dieu. Saint Paul dit : celui qui ne voit rien d'autre et qui est aveugle voit Dieu. Voilà pourquoi saint Augustin dit : puisque Dieu est une vraie lumière, un soutien de l'âme, et qu'il lui est plus proche que l'âme ne l'est d'elle-même, quand l'âme s'est détournée de toutes choses en devenir, il faut nécessairement que Dieu brille et rayonne en elle. L'âme ne peut éprouver ni amour ni angoisse sans savoir d'où ils viennent. Quand l'âme ne se disperse pas dans les choses extérieures, elle est parvenue chez elle et réside dans sa lumière simple et pure. Là elle n'éprouve ni amour ni angoisse ni peur. La connaissance est une base et un fondement de tout être. L'amour ne peut être attaché à rien d'autre qu'à la connaissance. Quand l'âme est aveugle et ne voit rien d'autre, elle voit Dieu, il faut nécessairement qu'il en soit ainsi. Un maître dit : l'oeil dans sa plus grande pureté, du fait qu'il ne contient aucune couleur, voit toute couleur. Non seulement parce qu'il est en lui-même dépourvu de toute couleur, mais parce qu'il est dans le corps, il faut qu'il soit sans couleur pour que l'on connaisse la couleur. Par ce qui est sans couleur, on voit toute couleur, même si c'était en bas, aux pieds. Dieu est un être tel qu'il porte en lui tous les êtres. Si Dieu doit être connu de l'âme, il faut qu'elle soit aveugle. C'est pourquoi il dit : « il vit » le Néant; par sa lumière est toute lumière; par son être sont tous les êtres. Aussi la fiancée dit-elle au Livre de l'Amour : « Lorsque j'avançai un peu, je trouvai celui qu'aime mon âme. » Le « peu » qu'elle dépasse, c'étaient toutes les créatures. Celui qui ne les repousse pas ne trouve pas Dieu. Elle veut dire aussi : si minime, si pur que soit ce par quoi je connais Dieu, cela doit être écarté. Et même si je prends la lumière qui est vraiment Dieu, en tant qu'elle touche mon âme, ce n'est pas comme il se doit. Il me faut la saisir dans son jaillissement. Je ne pourrais pas bien voir la lumière qui brille sur le mur si je ne tournais les yeux là où elle jaillit. Et même alors, si je la saisis là où elle jaillit, il faut que je sois libéré de ce jaillissement; je dois la saisir telle qu'elle plane en elle-même. Même alors, je dis qu'il ne doit pas en être ainsi. Il ne me faut la saisir ni dans son contact ni dans son jaillissement, ni quand elle plane en elle-même, car tout ceci est encore un mode. Il faut saisir Dieu comme mode sans mode, comme être sans être, car il n'a pas de mode.

Saint Bernard dit à ce sujet : Qui veut te connaître, Dieu, doit te mesurer sans mesure.

Prions Notre-Seigneur de parvenir à cette connaissance qui est absolument sans mode et sans mesure. Que Dieu nous y aide. Amen.
Si Eckhart est reconnu comme l'initiateur de la mystique rhénane, il ne fait pourtant jamais allusion à son expérience spirituelle. Or, dans toute son oeuvre, le Sermon 71 apparaît comme une exception. Sans doute ne parle-t-il pas directement de lui-même, mais à travers l'expérience de saint Paul sur le chemin de Damas, on voit se dessiner celle d'Eckhart et le motif pour lequel il opte pour l'apophatisme. À une époque où Dieu était considéré comme l'être par excellence, Eckhart en donne une autre expression, qui n'est pas plus ontologique que noétique, mais qui est proprement mystique. Sans doute n'en est-il pas venu d'emblée à cette compréhension de Dieu, et l'on peut trouver dans ses écrits la trace des trois moments évoqués précédemment. Cependant, à partir de son séjour à Strasbourg, il connaît une expérience spirituelle radicale qui l'oriente vers la voie négative et vers une autre conception de Dieu qu'il exprime en ces termes dans le Sermon 71: « Paul vit Dieu, en qui toutes les créatures sont néant. Il vit toutes les créatures comme un néant, car Dieu a en lui l'être de toutes les créatures. Il est un être qui a en lui la totalité de l'être. »Comme Paul, et peut-être même davantage à la suite de saint Augustin, Eckhart comprend, dans la rencontre avec Dieu, que tout l'être vient de Dieu, ce qui l'amène à sa réflexion paradoxale sur le néant.

Alors, il propose une quadruple définition du néant. Tout d'abord, il applique le néant à Dieu, dans la mesure où Dieu est au-delà de toutes nos catégories, ce qui l'amène à dire, à la suite de Denys, que Dieu est au-dessus de tout (d'où le jeu verbal qu'il introduit avec le suffixe über qu'il ajoute à un certain nombre de termes), qu'il est radicalement transcendant. Pour l'évoquer, seule la métaphore de la lumière ou le terme de néant, en tant qu'il exprime un dépassement absolu de tout, peuvent convenir. C'est l'expérience que Paul en a eue sur le chemin de Damas.

Eckhart, qui a longuement recherché la « pureté de l'être », la voit exprimée dans le néant. C'est là le deuxième sens qu'il donne au néant que Dieu seul peut être, car il est l'être même, la vraie lumière, qui, seule, peut illuminer.

Une troisième acception découle aussi de son expérience, ainsi que d'une relecture de saint Augustin, et il la développe largement dans le Sermon 4 : laissées à elles-mêmes les créatures ne sont rien, mais elles tiennent tout leur être de Dieu. C'est là une intuition profonde de la dépendance dans l'être et de la relation à Dieu qu'Eckhart présente ici, et qui prépare le quatrième sens qu'il donne au terme de néant.

En effet, « quand il vit Dieu, Paul vit toutes choses comme un néant ». Pour le faire comprendre, Eckhart reprend l'analogie de la lumière et rappelle à quel point on est aveuglé lorsqu'on regarde en face une source de lumière. Combien le serait-on davantage si on percevait la lumière en son jaillissement même ! En conséquence, « si Dieu doit être connu de l'âme, il faut qu'elle soit aveugle ».

À l'encontre de ses contemporains, qui dissertent sur Dieu et tendent à l'enfermer dans des catégories, même si celles-ci sont élevées comme l'être, Eckhart explique qu' « il faut saisir Dieu comme mode sans mode, comme être sans être », comme « mesure sans mesure ». C'est là reconnaître le mystère, le caractère insondable de Dieu. Dans ce sermon, il n'emploie pas le terme de déité, mais ce terme énigmatique et souvent mal compris n'a pour but selon Eckhart que de montrer que Dieu est radicalement au-delà de tout ce qu'on peut en concevoir, même de l'expression la plus haute qu'on peut en proposer dans la théologie trinitaire, largement développée à son époque.


10/11/2012
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